Réunification : Pourquoi faut-il un référendum ?

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Le 11 octobre dernier, “À la bretonne!” organisait une journée de débats, en présence d’une centaine d’élus, sur le sujet de la démocratie régionale. Les échanges ont largement tourné autour des modalités d’organisation d’un référendum en Loire-Atlantique. Pourquoi ce référendum constitue-t-il une modalité incontournable pour obtenir la réunification ?

On pourrait en effet objecter que les habitants de Loire-Atlantique – ou Loire-Inférieure avant 1957 – n’ont été consulté ni en 1919 pour la création des regroupements régionaux dits “Clementel”, ni en 1941 lors de la création des régions administratives de Rennes et d’Angers, pas d’avantage en 1956 pour la mise en place des régions-programme ou en 1972 pour la création des établissements publics régionaux ; le passage à l’élection des conseillers régionaux au suffrage universel direct en 1986 n’a donné lieu à aucun débat démocratique sur le sujet des limites régionales. Et 2015 restera dans les mémoires comme le clou du spectacle, avec des limites régionales décidées sur un coin de table sans aucune considération pour les citoyens.
À un autre niveau, on pourrait s’inquiéter que les mouvements grandissants de population, en particulier dans la métropole nantaise, en donnant la voie à des électeurs de passage et peu impliqués sur le territoire, soient de nature à fausser le résultat d’un tel référendum. Il pourrait donc sembler pertinent de demander une décision d’autorité selon le principe de parallélisme des formes.

Le référendum, outil d’un rapport de force

Une telle démarche n’est ni applicable, ni même souhaitable, pour diverses raisons.

Elle n’est pas applicable pour une question de rapport de force. Comme l’a exprimé le député Paul Molac le 11 octobre, il n’existe pas aujourd’hui de majorité à l’Assemblée nationale pour voter une telle modification des limites régionales. Les députés bretons fortement engagés sur le sujet se comptent sur les doigts de deux mains et ne sont, pour la plupart d’entre eux, pas membres du groupe majoritaire. La majorité des députés s’aligne sur le gouvernement, lequel oscille entre indifférence et hostilité. La situation au Sénat est encore plus incertaine.

Le décalage est très bien illustré, à un niveau plus local, par le vote du Conseil départemental fin 2018 sur la question de la réunification : alors que les sondages donnent 70% des habitants pour le changement de région, c’est un pourcentage équivalent des élus départementaux qui vote contre cette évolution. En revanche, lors de la même journée, les mêmes élus votent dans un large consensus une demande de référendum à l’Etat.
Les grands élus de Loire-Atlantique, au poid politique déterminant, sont sur une posture analogue. Ainsi Johanna Rolland et David Samzun, maires de Nantes et Saint-Nazaire, se sont exprimés à la fois contre la réunification et pour un référendum permettant aux citoyens de trancher.

De fait, la demande de référendum rassemble bien au-delà des élus partisans de la réunification. S’opposer à un choix direct des citoyens est aujourd’hui risqué politiquement. En ces temps de démarche participative et citoyenne, alors que les démarches participatives sont de plus en plus valorisées, qui voudrait s’exprimer contre la démocratie ? La volonté majoritaire des habitants du département quant à la question de la réunification constitue désormais notre principal atout. Il faut en jouer à fond.

Séduire les bretons

Aujourd’hui la demande de référendum permet à la réunification de rester un sujet médiatique ; un débat public permettra de mieux comprendre les enjeux et de déminer les questions purement symboliques (la capitale…) ; un vote donnerait un poid politique tel qu’il serait difficile pour le pouvoir politique de se prononcer à rebours. Aujourd’hui, il n’existe pas d’alternative concrète permettant raisonnablement d’espérer la réunification. Et puis, que penser d’un mouvement prétendant représenter les bretons… Mais qui ne leur ferait pas confiance pour décider ?

Si le principe d’un référendum était validé, la composition du corps électoral pourrait poser question : quid du vote des 16-18 ans, des résidents tout juste installés dans le département, des ressortissants des autres états de l’Union ? Ces choix sont-ils de nature à modifier fortement le résultat ? De toute manière, réunification ou pas, les mouvements de populations vont se poursuivre ; l’enjeu est plutôt de séduire les nouveaux citoyens de Bretagne par un projet inclusif les invitant à s’identifier et à s’intégrer à la société bretonne. Du point de vue même de ceux, parmi les pro-réunification, qui craignent de donner la parole aux bretons, attendre va faire empirer la situation. Aujourd’hui, le plus grand risque est de ne rien tenter.

La Bretagne n’est pas un territoire désincarné

Enfin et surtout, demeure une question de principe. On ne parle pas ici d’un territoire désincarné, Breton ad vitam aeternam et par la grâce de dieu. La Bretagne n’existe que par les femmes et les hommes qui y vivent, génération après génération. Hors, les habitants de Loire-Atlantique en 2020 ne sont, en grande partie, plus ceux de 1972 ; encore moins ceux de 1941 ou de 1919. La voie du référendum est alors la voie la plus explicite et la plus symbolique de renouveler ce pacte entre les bretons et leur territoire.

Le découpage des régions a été décidé puis réaffirmé à de nombreuses reprises tout au long des 20ème et 21ème siècles. Toujours de manière à maintenir une frontière entre la Loire-Atlantique et les autres départements bretons ; toujours sans ou contre les positions de la société civile. Ces dernières années, à travers de nombreuses actions, le mouvement pro-réunification a fait le choix de s’appuyer sur les citoyens. L’éthique démocratique tout autant que l’établissement concret d’un rapport de force passent par la poursuite de ce travail.

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