Qu’est-ce que le Jacobinisme?

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Dans le mouvement Breton, on parle souvent des dérives jacobine de l’État, cette détestable doctrine centralisatrice de notre pays, la France, qui empêcherait notre territoire, la Bretagne, d’avoir prise sur son destin et de pouvoir s’assumer dans le concert des régions et provinces européennes. Mais qu’est-ce qu’être jacobin? Qu’est-ce que le Jacobinisme?  Quel est donc cet adversaire qui causerait tant de tort à la Bretagne et au combat pour la différenciation? Où est la réalité? Où sont les mythes? Ensemble, démystifions un phénomène et apprenons à mieux le connaître.

Une origine Bretonne ? L’ascension du Club Breton

Le Club Breton est l’ancêtre du club des jacobins. Fondé pour les États généraux et durant la constituante, en 1789, les représentants et députés bretons du tiers- états se rencontraient avant toute session et afin de réfléchir aux stratégies politiques à adopter et débattre à l’avance des sujets qui seront abordés en plénière. 

Ces concertations préalables auxquelles ils se livrèrent aux États généraux sont issus d’une coutume bien active en Bretagne. Avant la réunion des États généraux de Bretagne à Vannes, les députés se rendaient au lieu où se tiendront les États, dix jours avant leur ouverture, afin de se concerter avec les députés des autres villes à la défense des vrais intérêts du Tiers État.

Ceci explique pourquoi la Bretagne fut la province dont les cahiers de doléances contenaient les demandes de réforme les plus élaborées. On y trouvait notamment la demande de séparation des pouvoirs, l’abolition de la féodalité, la mise en place d’une constitution pour le royaume, une limitation des prérogatives royales, une justice gratuite ou encore la liberté de la presse.

Après le serment du jeu de paume, le club commença à s’élargir et accueillir des députés d’autres horizons, tels que des figures de la révolution et du réformisme qu’étaient Mirabeau, le Duc d’Aiguillon, ou même Robespierre qui assistait aux réunions du club. Mais la vraie transformation en club des Jacobins intervient peu après. Après le transfert de la constituante de Versailles à Paris, on cherche à faire renaître le club et la Société des Amis de la Constitution ou « Club des Jacobins » émerge.

Son fonctionnement et son influence

Ce qui fera sa force, c’est d’emblée se comporter comme la cellule mère de tout un essaim de groupes similaires, dont chaque ville de province doit posséder sa réplique en une organisation calquée au plus près sur la sienne. 

L’organisation se présentera peu après sa fondation comme un centre d’élaboration d’idées et le moteur des velléités de l’Assemblée Constituante. On considère souvent ce moment, cumulé aux journées d’octobre, dont les manifestations pour cause de disettes contraignirent le Roi à quitter Versailles pour Paris et répondre aux revendications du peuple, comme le point de divergence où nous sommes entrés dans la Terreur et ses dérives.

Plus tard, et aujourd’hui encore, le Jacobinisme renvoie à une conception centralisatrice de la République française, faisant de Paris le lieu essentiel d’exercice du pouvoir et tel le cœur bâtant donnant le ton et le rythme à tout l’organisme. Une rupture marquant une différence notable de modèle, notamment au regard des modèles fédéralistes que sont l’Allemagne, la Belgique ou encore l’Autriche et la Suisse.

L’héritage du jacobinisme dans la France contemporaine :

Jusqu’à très récemment, les régions françaises n’existaient même plus, les provinces historiques de l’ancien régime ayant été remplacées par les départements. C’est seulement dans les années 1950, après une tentative sous le régime de Vichy,  que seront créées les régions programmes avant qu’elles soient confirmées dans les années 1970. Pour autant, le modèle français demeure l’un des plus centralisateurs en Europe. Nos régions n’ont en effet que très peu de compétences, manquent de marges de manœuvres et ne peuvent ni  intervenir ni adapter à leur territoire les décisions prises par l’État central.

De là, l’un des acquis de l’État jacobin a été la transformation rapide en Etat nation, une unification qui a été profitable pour le rayonnement de la France et son organisation. L’idéal du jacobinisme, par sa doctrine centralisatrice et uniformisatrice, a été la recherche de l’ égalité entre les individus, dans une langue et un roman national où chacun pourrait se retrouver. On peut relever de nombreux apports qui créèrent un socle commun, comme une sécurité sociale gratuite et universelle, une laïcité et sa loi de 1905 et bien sûr une certaine facilité à trouver ses repères et avoir une mobilité géographique qu’offre une certaine universalité institutionnelle.

 Même systèmes fiscaux, d’imposition, d’éducation , changer de territoire en France est aisé, là où le parcours peut s’avérer plus complexe ailleurs en Europe. En effet, dans ce dernier cas, qui nous différencie beaucoup d’autres pays, nous n’avons pas de territoires où un régime spécifique limite la possibilité de vivre et travailler dans tel ou tel territoire, ce qui peut-être le cas dans d’autres pays.

Les problématiques que pose le Jacobinisme 

Malgré ces acquis, et un assouplissement de cette doctrine avec quelques séquences de décentralisation, l’Etat central reste puissant et on ne peut toujours pas parler de France Girondine, ces opposants aux Jacobins qui croyaient une France davantage fédérale, et les conséquences négatives sont diverses. 

D’un point de vue culturel, les langues régionales  ne représentent que de faibles parts de locuteurs, et la France a toujours refusé de ratifier la charte européenne des langues régionales. Cette charte aurait permis le  renforcement de l’enseignement de ces langues et conférer un statut officiel. Cette hyper-centralisation provoque encore aujourd’hui des déséquilibres régionaux. Par exemple, plus de 60% du budget du ministère de la culture est dépensé sur la seule région île de France.

Pour l’irrigation du territoire, le ministère des Transports semblent davantage s’inquiéter de relier Paris au reste de la France, alors que de la bonne harmonisation des territoires eux-mêmes porte à s’inquiéter.  D’un point de vue sanitaire, on observe une désertification médicale quand on s’éloigne de la région parisienne et des métropoles. La Bretagne n’y échappe pas, la fermeture de la maternité de Dinan étant un exemple probant. Tout diriger et décider depuis Paris et uniformiser sur le territoire Français n’est plus pertinent. 

Nos défis aujourd’hui 

Notre région, la Bretagne, se tient juste à côté de la Manche (grande autoroute maritime), à l’une des plus grande surface littorale d’Europe, mais ne bénéficie d’aucune politique stratégique pour le développement de ses ports et les échanges internationaux. L’aéroport Notre-Dame-des-Landes à été aussi symptomatique de ce décalage entre Paris et les régions, où l’on a décidé de faire un aéroport, sans que la participation de la société civile et des acteurs territoriaux ne soit requise. Le manque d’enracinement du projet aura été sa perte.  Des enjeux sociaux commencent à poindre aujourd’hui, que ce soit la spéculation immobilière à la fois sur les côtes (résidences secondaires) ou dans nos métropoles Nantaises et Rennaises (Arrivées de Parisiens suite aux LGV).

Mais en Bretagne, l’élément le plus acerbe de ce jacobinisme n’est autre que le fait que la Loire-Atlantique et les autres départements bretons ne fassent pas partie du même espace administratif. En effet, à la création des régions programme en 1960, il a été décidé de ne pas intégrer ce département dans sa région d’origine, et les motivations ont davantage étés idéologiques que pragmatiques. Michel Debré, Premier ministre du général De Gaulle à l’époque, prendra position contre ce rattachement, y voyant une menace pour l’État et son unité. Il ira jusqu’à dire à Charles De Gaulle, pourtant en faveur de l’unité de la Bretagne : « Laisser Nantes à la Bretagne, mon général, ce serait de la trahison ! ». La décision d’intégrer Nantes dans une autre région aura donc été prise, et ce sans consultation de la population.

Aujourd’hui, l’État est toujours aussi centralisé, la loi NOTre n’aura que peu changé les choses en dehors d’imposer des fusions et réformes territoriales que personnes d’autres que quelques jacobins à Paris n’auront décidé. Il se dit aujourd’hui que cette réforme qui n’a pas réunifié la Bretagne est une des causes des défaites socialistes en Bretagne aux législatives. L’échec de la loi NOTre et la crise du Covid, sans oublier les crises de l’écotaxe, sont autant de preuves des défaillances d’un état trop centralisé, où les décisions ne sont que trop prises par les mêmes personnes et où les représentants des territoires n’ont aucun contrôle…

C’est à cette question démocratique qu’il convient de répondre aujourd’hui, c’est à cette problématique qu’il faut apporter des solutions de fond. À la Bretonne souhaite y répondre, et de plus en plus d’acteurs du territoire bretons avec nous ! Défendons aujourd’hui notre droit à la différenciation, pour nous, mais aussi pour l’ensemble des territoires de la république! Fédéralisme? Statuts spécifiques? Autonomie? Les questions et les méthodes sont nombreuses, les solutions sont là, ouvrons le débat!

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